![[15:45:03] Sigmund Freud dit : Absence du père. Absence du père.](http://www.hatealot.com/wp-content/uploads/2013/03/freud1-1024x741.jpg)
Dans un mois et demi je fais 30 ans.
Se rendre compte de ça, c’est un peu comme prendre un coup de pied dans les parties et voir ses testicules rentrer dans son ventre et ressortir par la bouche. C’est l’âge dont on se dit tout le début de sa vie que ce sera le sommet, l’instant d’éclat, la beauté, la réussite, le succès, la maturité. Et quand le moment arrive, particulièrement dans mon cas, on se dit juste merde.
C’est aussi l’occasion de faire un debrief de la première partie de sa vie. Le debrief je l’ai fait, et croyez-moi, c’était loin d’être folichon. Donc j’ai consulté. Oui, on dit « consulter », ou « voir quelqu’un ». Parce que sinon on a l’air trop faible, la victime de service qui a le cerveau malade quoi. Ben moi j’ai pas honte. J’ai vu un putain de Psy. Un mec qui a un diplôme de Harvard accroché au mur, pas un médium ou un vendeur de baignoires. Un mec qui a fait 50 années d’études, qui a soigné des Hannibal Lecter et autres Charles Manson.

Du moins c’est comme ça que je l’imaginais.
Je le dis d’autant plus sans honte que je sais que si vous aimez, lisez, ou même êtes tombés par hasard sur ce blog, vous souffrez vous aussi de lourds problèmes pathologiques et avez déjà consulté ou êtes actuellement internés dans un établissement psychiatrique.
J’ai donc appelé le numéro qu’on m’avait fourni.
Je suis tombé sur le répondeur. Mon psy, à la fin de son répondeur, il dit « bon courage…». Et quand je l’ai rappelé, après avoir pris rendez-vous, il m’a aussi dit « bon courage… ». Déjà, rien qu’après l’avoir eu au téléphone quelques minutes ou avoir parlé à son répondeur, je me sentais comme une merde. Je sentais que ma vie était pourrie, j’avais envie de pleurer toutes les larmes de mon corps et me noyer dedans pour oublier toute cette souffrance. Fort le gars.
Il faut dire que j’ai travaillé dur tout au long de mon existence pour, le moment venu, offrir à l’élu un spectacle inédit. J’avais envie qu’en m’écoutant parler une dizaine de minutes et lui résumer ma vie, il ne puisse croire ce qu’il entendait, qu’il se dise que c’était impossible en l’an 2012, et qu’il appelle ses confrères de France et de Navarre pour leur dire de renvoyer tous leurs patients afin de venir m’étudier et / ou m’autopsier.
Je l’avoue, ça a été un dur labeur, mais je me sentais prêt. J’avais accumulé assez de pathos pour le surprendre, pour voir derrière ses yeux de psy qui a tout vu et à qui on ne la fait pas, pointer l’ombre d’un doute, peut-être même le frisson glacial de la peur.
J’imaginais qu’on m’avait confié à un maître, à un professeur Xavier des Xmen, ou au fils de Sigmund Freud en personne.
C’est là que le bât blesse. Une fois assis dans la salle d’attente étrangement vide, j’entendais distinctement la patiente précédente parler de son mari infidèle. Et en arrivant dans son cabinet, cruelle désillusion : il n’y avait pas de sofa. Normalement Psy va avec sofa, on les connait, on les voit assis à côté du patient, s’endormant pendant qu’on leur raconte les abus sexuels de notre jeunesse, allongés sur un SOFA. C’est comme ça, c’est une des règles de la vie, comme les coiffeurs homo, les cuisiniers moustachus et les maçons et leur raie du cul. Ben non, le mien, il n’avait pas de sofa. Il avait des fauteuils. 30 années de souffrance, des maladies mentales inconnues à ce jour, le futur héros de la médecine, et on me refile le discount des Psy avec des fauteuils de merde.
La première visite m’a un peu dérouté. Après avoir soigneusement noté mes coordonnées bancaires, et m’avoir demandé de lui faire un résumé de l’état de santé de mes parents, à savoir s’ils avaient un herpès anal ou autre, il m’a fait un bref récapitulatif de la « séance », a conclu en me disant « Monsieur D., vous êtes digne d’estime et d’amour. », et c’était déjà fini. Seulement 20 minutes s’étaient écoulées que j’étais déjà dehors, délesté de quelques sous.
Quand on consulte un psy, et qu’on manifeste à son entourage quelques doutes quant à ses capacités, on tombe très souvent sur un phénomène étrange, et ce quelle que soit la situation. Que ces derniers aient suivi eux aussi une thérapie, ou qu’ils n’aient pas la moindre notion de médecine, de psychologie ou ne soient même pas capables d’épeler le mot docteur, ils sont cependant tous d’accord : le psy a toujours raison.
S’il ne se souvient pas de ce que vous lui avez raconté la dernière fois et essaie de broder sur autre chose, ça fait partie de la thérapie. C’est pour tester votre réaction face à l’incompréhension et provoquer de la frustration.
S’il vous accueille avec 30 minutes de retard, c’est volontaire et ça n’a rien à voir avec le fait qu’il était en train de finir son repas, c’est pour tester votre patience.
S’il vous demande 100€ par consultation, ce n’est pas l’œuvre d’un vampire assoiffé d’argent qui veut s’acheter un nouveau coupé sport, c’est en fait pour observer votre réelle motivation et votre engagement dans la démarche que vous avez entrepris.
En gros, quoi que fasse un psy, c’est pour votre bien et fait partie d’un calcul savant, fruit de nombreuses années de réflexion en vue de vous guérir. Le mec, s’il le voulait, il pourrait vous recevoir gratuitement, vous garder tout l’après-midi et consacrer sa vie à vous s’il pensait que ça vous aiderait. Il aimerait vraiment. Mais il ne le pense pas. Alors il fait ce qu’il y a de mieux, dans votre intérêt.
Sur ces conseils avisés j’ai donc décidé de retenter ma chance, après tout que représentent un compte en banque et des dents en or face à la félicité éternelle ? Ce génie savait de toute évidence comment s’y prendre pour me frustrer et tester mon incompréhension, mon engagement sans faille.
Au cours des deuxièmes et troisièmes séances, j’ai remarqué qu’il avait tendance à me répéter les mêmes choses, de son propre chef, sans réagir à ce que je lui disais. Il m’a raconté plusieurs fois la même histoire, comme s’il avait oublié ce dont nous avions déjà parlé. Et en fait c’est surtout lui qui parlait et me racontait son expérience. Je m’en voulais bien sûr d’oser remettre en cause, moi qui n’avais jamais été à Harvard, la pertinence de ce qui était de toute évidence une efficace thérapie ayant déjà fait ses preuves à travers les âges et sauvé le tout-Bordeaux, mais j’avoue que le doute m’a parfois effleuré l’esprit. Enfin, au terme de la troisième séance il m’a dit « Monsieur D., vous êtes digne d’estime et d’amour.».
Je pense que cette dernière phrase, faisant écho dans mon esprit, marqua malheureusement la fin de notre expérience médicale. Voyant que ses conseils se résumaient à des messages d’amour et de paix, je préférais partir avant qu’il ne me propose de chanter Kumbaya autour d’un feu.
J’ai profité des vacances de Noël et de sa légère absence de deux semaines qui allait avec pour lui laisser entendre que je ne connaissais pas encore mes disponibilités, et que je le recontacterais le moment venu. Je sais bien qu’avec ses puissants pouvoirs il a su discerner le mensonge dans mes paroles, et qu’il s’est empressé d’écrire « LÂCHE » sur son carnet à côté de mon nom, mais que voulez-vous, je ne dois pas être fait pour la grande médecine.










