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Absence du père.

Dans un mois et demi je fais 30 ans.

Se rendre compte de ça, c’est un peu comme prendre un coup de pied dans les parties et voir ses testicules rentrer dans son ventre et ressortir par la bouche. C’est l’âge dont on se dit tout le début de sa vie que ce sera le sommet, l’instant d’éclat, la beauté, la réussite, le succès, la maturité. Et quand le moment arrive, particulièrement dans mon cas, on se dit juste merde.

C’est aussi l’occasion de faire un debrief de la première partie de sa vie. Le debrief je l’ai fait, et croyez-moi, c’était loin d’être folichon. Donc j’ai consulté. Oui, on dit « consulter », ou « voir quelqu’un ». Parce que sinon on a l’air trop faible, la victime de service qui a le cerveau malade quoi. Ben moi j’ai pas honte. J’ai vu un putain de Psy. Un mec qui a un diplôme de Harvard accroché au mur, pas un médium ou un vendeur de baignoires. Un mec qui a fait 50 années d’études, qui a soigné des Hannibal Lecter et autres Charles Manson.

    

Du moins c’est comme ça que je l’imaginais.

Je le dis d’autant plus sans honte que je sais que si vous aimez, lisez, ou même êtes tombés par hasard sur ce blog, vous souffrez vous aussi de lourds problèmes pathologiques et avez déjà consulté ou êtes actuellement internés dans un établissement psychiatrique.

J’ai donc appelé le numéro qu’on m’avait fourni.

Je suis tombé sur le répondeur. Mon psy, à la fin de son répondeur, il dit « bon courage…». Et quand je l’ai rappelé, après avoir pris rendez-vous, il m’a aussi dit « bon courage… ». Déjà, rien qu’après l’avoir eu au téléphone quelques minutes ou avoir parlé à son répondeur, je me sentais comme une merde. Je sentais que ma vie était pourrie, j’avais envie de pleurer toutes les larmes de mon corps et me noyer dedans pour oublier toute cette souffrance. Fort le gars.

Il faut dire que j’ai travaillé dur tout au long de mon existence pour, le moment venu, offrir à l’élu un spectacle inédit. J’avais envie qu’en m’écoutant parler une dizaine de minutes et lui résumer ma vie, il ne puisse croire ce qu’il entendait, qu’il se dise que c’était impossible en l’an 2012, et qu’il appelle ses confrères de France et de Navarre pour leur dire de renvoyer tous leurs patients afin de venir m’étudier et / ou m’autopsier.
Je l’avoue, ça a été un dur labeur, mais je me sentais prêt. J’avais accumulé assez de pathos pour le surprendre, pour voir derrière ses yeux de psy qui a tout vu et à qui on ne la fait pas, pointer l’ombre d’un doute, peut-être même le frisson glacial de la peur.

J’imaginais qu’on m’avait confié à un maître, à un professeur Xavier des Xmen, ou au fils de Sigmund Freud en personne.

C’est là que le bât blesse. Une fois assis dans la salle d’attente étrangement vide, j’entendais distinctement la patiente précédente parler de son mari infidèle. Et en arrivant dans son cabinet, cruelle désillusion : il n’y avait pas de sofa. Normalement Psy va avec sofa, on les connait, on les voit assis à côté du patient, s’endormant pendant qu’on leur raconte les abus sexuels de notre jeunesse, allongés sur un SOFA. C’est comme ça, c’est une des règles de la vie, comme les coiffeurs homo, les cuisiniers moustachus et les maçons et leur raie du cul. Ben non, le mien, il n’avait pas de sofa. Il avait des fauteuils. 30 années de souffrance, des maladies mentales inconnues à ce jour, le futur héros de la médecine, et on me refile le discount des Psy avec des fauteuils de merde.

La première visite m’a un peu dérouté. Après avoir soigneusement noté mes coordonnées bancaires, et m’avoir demandé de lui faire un résumé de l’état de santé de mes parents, à savoir s’ils avaient un herpès anal ou autre, il m’a fait un bref récapitulatif de la « séance », a conclu en me disant « Monsieur D., vous êtes digne d’estime et d’amour. », et c’était déjà fini. Seulement 20 minutes s’étaient écoulées que j’étais déjà dehors, délesté de quelques sous.

Quand on consulte un psy, et qu’on manifeste à son entourage quelques doutes quant à ses capacités, on tombe très souvent sur un phénomène étrange, et ce quelle que soit la situation. Que ces derniers aient suivi eux aussi une thérapie, ou qu’ils n’aient pas la moindre notion de médecine, de psychologie ou ne soient même pas capables d’épeler le mot docteur, ils sont cependant tous d’accord : le psy a toujours raison.

S’il ne se souvient pas de ce que vous lui avez raconté la dernière fois et essaie de broder sur autre chose, ça fait partie de la thérapie. C’est pour tester votre réaction face à l’incompréhension et provoquer de la frustration.
S’il vous accueille avec 30 minutes de retard, c’est volontaire et ça n’a rien à voir avec le fait qu’il était en train de finir son repas, c’est pour tester votre patience.
S’il vous demande 100€ par consultation, ce n’est pas l’œuvre d’un vampire assoiffé d’argent qui veut s’acheter un nouveau coupé sport, c’est en fait pour observer votre réelle motivation et votre engagement dans la démarche que vous avez entrepris.

En gros, quoi que fasse un psy, c’est pour votre bien et fait partie d’un calcul savant, fruit de nombreuses années de réflexion en vue de vous guérir. Le mec, s’il le voulait, il pourrait vous recevoir gratuitement, vous garder tout l’après-midi et consacrer sa vie à vous s’il pensait que ça vous aiderait. Il aimerait vraiment. Mais il ne le pense pas. Alors il fait ce qu’il y a de mieux, dans votre intérêt.

Sur ces conseils avisés j’ai donc décidé de retenter ma chance, après tout que représentent un compte en banque et des dents en or face à la félicité éternelle ? Ce génie savait de toute évidence comment s’y prendre pour me frustrer et tester mon incompréhension, mon engagement sans faille.

Au cours des deuxièmes et troisièmes séances, j’ai remarqué qu’il avait tendance à me répéter les mêmes choses, de son propre chef, sans réagir à ce que je lui disais. Il m’a raconté plusieurs fois la même histoire, comme s’il avait oublié ce dont nous avions déjà parlé. Et en fait c’est surtout lui qui parlait et me racontait son expérience. Je m’en voulais bien sûr d’oser remettre en cause, moi qui n’avais jamais été à Harvard, la pertinence de ce qui était de toute évidence une efficace thérapie ayant déjà fait ses preuves à travers les âges et sauvé le tout-Bordeaux, mais j’avoue que le doute m’a parfois effleuré l’esprit. Enfin, au terme de la troisième séance il m’a dit « Monsieur D., vous êtes digne d’estime et d’amour.».

Je pense que cette dernière phrase, faisant écho dans mon esprit, marqua malheureusement la fin de notre expérience médicale. Voyant que ses conseils se résumaient à des messages d’amour et de paix, je préférais partir avant qu’il ne me propose de chanter Kumbaya autour d’un feu.

J’ai profité des vacances de Noël et de sa légère absence de deux semaines qui allait avec pour lui laisser entendre que je ne connaissais pas encore mes disponibilités, et que je le recontacterais le moment venu. Je sais bien qu’avec ses puissants pouvoirs il a su discerner le mensonge dans mes paroles, et qu’il s’est empressé d’écrire « LÂCHE » sur son carnet à côté de mon nom, mais que voulez-vous, je ne dois pas être fait pour la grande médecine.

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Vertigo

D’aussi loin que que je me souvienne, j’ai toujours haï passer à l’oral.

Peut être cela découle-t’il d’évènements comme le vilain petit canard (oui j’aime faire mon auto promo), ou peut-être le mal est-il plus ancien, gravé dans mes gènes depuis la nuit des temps. Tout ce que je sais, c’est que depuis mes premières vraies expériences, au collège, j’ai toujours vécu cet exercice comme un des pires calvaires de tous les temps.

Certains pourtant semblent faits pour ça. Ils déboulent en tongs et lunettes de soleil et se lancent dans un one man show, ne se contentant pas de présenter l’exposé demandé, mais l’agrémentant en sus de quelques blagues ou de prouts, provoquant l’hilarité de l’auditoire.

Moi de mon côté je suis plutôt du genre à ne pas dormir de la nuit à l’idée de m’exprimer devant un parterre d’individus, à retarder l’échéance le plus possible, et à débarquer le moment venu, une boule dans la gorge, l’autre dans le cul, la voix chevrotante et les mains qui tremblent.

Non, moi l’écrit me convient. C’est pour ça que j’ai choisi une filière littéraire. Oui j’étais un peu con, j’ai cru qu’en « litteraire » nous ne ferions qu’écrire pendant 2 ans, devenant de véritables poètes dont le romantisme nous offrirait fortune et femmes.
Dès la première année, avec la philo et surtout le français, j’ai compris mon erreur. D’autant que ma prof de français, prof principale au demeurant, n’était pas vraiment des plus faciles à apprivoiser.

Mme X (j’évite de citer des noms depuis mes démêlés avec la justice) avait la réputation d’être une des personnalités les plus marquantes du lycée. Vous voyez, y’a des profs des fois, qu’on sait « rigolos », ou « sympas », et qu’on aime bien avoir. Des profs, quand on voit leur nom sur son emploi du temps, qui nous font ressentir une sorte de soulagement. « Ah tiens j’ai monsieur Rigolax en histoire géo :) lol ».

Mme X n’était pas de ceux-là.

Mme X quand on tombait dessus, et de surcroît en prof principale, on savait qu’on allait passer une année rigolote, mais pas trop quand même.
Mme X n’aimait ni les mauvais élèves, ni les bons éleves. Enfin les lèche-cul quoi. Elle était d’une franchise à toute épreuve et n’hésitait pas à commenter l’apparence physique des élèves quand ils étaient laids, ou à leur dire précisément ce qui n’allait pas chez eux. Un jour elle avait dit au 1er de la classe que « le jour où ses parents l’ont fait, ils auraient mieux fait de mettre une capote ».
On ne pouvait pas trop lutter contre Mme X.

Donc je me retrouvais avec Mme X, en prof de français, matière principale, ainsi qu’en prof principale, autant dire que je risquais fort de passer quelques doux moments en sa compagnie.

Il y a un deuxième truc que je n’aime pas beaucoup, ce sont les surprises. Surtout quand elles sont mauvaises. Ainsi quand la prof nous a annoncé que chaque semaine un élève serait tiré au sort pour présenter un commentaire de texte à l’oral, mon spider-radar m’a alerté d’un danger imminent. Mais j’ai préféré refouler ça bien profondément en me disant que ça allait, que j’avais au minimum quelques semaines de répit, et que sur une trentaine d’élèves, avant que mon nom tombe, j’aurais le temps de vieillir et de me renforcer.

Il faut savoir que Mme X avait une méthode bien à elle pour désigner un élève au hasard. Pour le coup, c’était vraiment du hasard, mais du hasard sadique, probablement le même genre que celui utilisé par les nazis pour savoir qui de la mère ou de l’enfant allait devoir manger l’autre.
Elle fermait les yeux et laissait son stylo virevolter quelques instants sur la liste de noms, le sourire aux lèvres… La classe retenait son souffle, et finalement le dard empoisonné retombait sur une pauvre victime. Elle attendait quelques secondes avant de dévoiler le nom. La première fois, mon cœur s’est mis à pulser alors que son regard balayait la salle à la recherche du pauvre bougre. Puis finalement, le silence s’est brisé à l’annonce du condamné à mort. La première fois, ce n’était pas moi. Ouf. Le sang qui s’était accumulé dans mon cerveau et qui battait dans mes tempes pouvait recommencer à descendre, ma vision qui était devenue floue retrouvait un peu sa clarté.

Sauf que ce n’était pas fini. En fait, l’appelé n’était pas celui qui allait passer à l’oral, non, il devait donner un chiffre entre 1 et 15. Il avait dit 11.

Une fois le chiffre obtenu, la prof refaisait virevolter son stylo, pointait un endroit, et descendait lentement, en comptant un à un, en énonçant chaque nom avec une satisfaction perverse. 8, Costa… 9, Daguerre… 10, Diaz… 11 DUCOS.

Oui, c’était mon nom. Je m’appelle Ducos.

Son regard se releva lentement, me cherchant dans la salle. Moi je n’entendais plus rien, ma vision s’était blanchie, le son paraissait lointain. Sur le coup je pensais être mort et j’ai même essayé d’avancer vers la lumière, pensant pouvoir m’échapper, sans succès. Je m’étais instinctivement aplati sur ma table en espérant que peut-être, ne me voyant pas, elle changerait d’avis.

« Juju ? Alors ? »
Oui, elle m’appelait Juju, elle m’aimait bien en plus, c’était peut-être ça le pire.
« Allez Juju, on va pas y passer l’après-midi. »

J’essayais tant bien que mal de reprendre mes esprits, afin de réussir à articuler un mot, mais rien ne venait. Finalement, voyant que la rupture d’anévrisme n’étant probablement pas bien loin, elle se hasarda à me demander « qu’est ce qui se passe, ça va pas ? ». Ce à quoi je réussis finalement à répondre en balbutiant « je n’ai pas préparé mon texte. »
Oui, en fait cette solution m’était vite apparue comme la plus porteuse d’espoir. Je préférais mille fois me taper une bulle qu’avoir à subir cette torture. D’ailleurs ça aurait été un autre prof je lui aurais dit franchement « écoute gros, mets moi 0 et on en parle plus », mais elle, je la redoutais. Elle faisait partie de ces gens qu’on sent capables de tout, prêts à sortir un flingue en plein cours au moindre souci. J’avais peur. Mais j’espérais quand même avoir mon bon 0 et disparaître de la liste pour toujours.

Mais elle m’aimait bien. Alors elle m’annonça que ça irait pour cette fois, vu que c’était le 1er oral, mais qu’on ne m’y reprenne pas. Le souffle coupé j’étais quand même soulagé que ce soit fini, et essayais de distraire mon esprit en regardant le prochain condamné se faire désigner et humilier. J’oubliais que bien vite, la semaine prochaine allait arriver.

La semaine suivante donc, je pris le temps de réfléchir. Connaissant Mme X, j’envisageais tous les scénarios possibles. Il était en effet fort probable qu’en début de cours, elle annonce que vu que je m’étais défilé la semaine précédente, ce serait d’office moi qui serait désigné pour l’oral. Oui, c’était tout à fait crédible. Mais il se pouvait également qu’elle refasse un tirage au sort. Tant pis, le risque était trop grand. Je choisissais à l’heure du cours de me ruer vers l’infirmerie afin de faire soigner un mal imaginaire, qui me tiendrait éloigné du danger pendant quelques heures.

J’utilisais souvent cette technique dite « de l’infirmerie » pour échapper à mes obligations. Je fais partie de ces gens qui abusent de la justice et qui savent qu’on ne peut par exemple rien dire à un élève malade qui va se faire soigner. Sinon on leur fout les prud’hommes au cul où je ne sais quoi en leur disant « ah ouais, tu te moques de ma maladie ? Le CANCER te fait rire ? ». Ça demande un certain culot mais ça marche.
Autant dire qu’à la fin de l’année je connaissais l’infirmière comme une amie, et qu’elle me disait « coucou Julien » quand j’arrivais, limite si elle ne me laissait pas clés du local pour que je puisse y entrer en son absence.

Vous l’aurez compris, je préférais que toute ma classe pense que j’avais la diarrhée que parler quelques minutes devant eux. Et peu importe qu’ils pensent que j’avais la chiasse, ou les inévitables moqueries de Mme X à mon sujet en remarquant mon absence, je suis une autruche et j’avais la tête dans le sable, tant que je n’étais pas là, que je ne voyais pas, ça n’existait pas.

J’ai donc sauté le cours de cette façon. A l’heure suivante je me suis enquis de nouvelles au sujet de mon éventuel oral raté en demandant à un ami comment ça s’était passé. Mais en fait la prof avait totalement oublié ce qui s’était passé, et n’en avait pas fait mention. Elle avait fait un tirage au sort nazi et quelqu’un avait été sacrifié le plus normalement du monde.
J’étais donc rassuré, j’étais plus où moins tiré d’affaire pour le moment, je ne connaissais pas les probabilités pour que mon nom tombe deux fois d’affilée sur plus de 30 élèves, mais je les imaginais infimes.

La semaine suivante je retournais donc dans son cours assez plein d’espoir.

Et là mes amis, vous n’imaginez pas ce qui s’est produit.

A l’heure de l’oral, la prof a fait virevolter son stylo sur nos noms, et le mien est tombé.

Sur le coup, ma mémoire physique a réagi, celle qui s’apparente à l’instinct animal, me proposant éventuellement un arrêt cardiaque pour me tirer d’affaire, mais je me suis vite souvenu que ce n’était que le 1er tirage. Aucune mention de mon oral raté ou quoique ce soit, non, la prof m’a simplement dit « Juju. Un chiffre entre 1 et 15. »

J’ai essayé de mettre en branle mon cerveau, mais aucune stratégie réelle ne pouvait être adoptée vu qu’une partie aléatoire était employée pour le second tirage. Je me suis quand même dit qu’elle risquait de tomber à un autre endroit de la liste, vu que la 1ère fois elle avait tapé dans la 1ère moitié de l’alphabet. Je choisissais donc « 5 », pensant quelle allait ce coup-ci atterrir dans la seconde partie de la feuille et que ça m’éloignerait de tout danger.

Au contraire, elle tomba dans les B. Mais j’étais quand même rassuré, me disant qu’il y avait plus de 5 noms entre les B et moi, me félicitant de mon 5 bien senti.

Elle commença à descendre lentement en comptant jusqu’à 5. 1, Baudry… 2, Castillon… 3, Colin… 4, Costa… on en voyait le bout. 5…… DAGUERRE.

Daguerre. C’était donc le nom de l’agneau sacrificiel du jour, qui allait subir les moqueries et autres remarques traumatisantes de Mme X.

Elle le chercha des yeux, et moi aussi je me mis à le chercher des yeux, quand je m’aperçus qu’il n’était pas là.

« Ah, il est absent aujourd’hui ? Bon dans ce cas, nom suivant. »

Elle descendit avec son stylo, marqua un temps, et cria :

…DIAZ.

Oui. Ce bon vieux Diaz. Il était bien là, je l’avais vu avant le cours en train de péter pour faire rire les filles.

Je me sentais mieux, voyant que j’avais évité l’horreur de peu, mais mon coeur battait quand même encore la chamade.

« Mais vu qu’il est déjà passé la semaine dernière, nom suivant… DUCOS. » « JUJU. »

Je mis quelques instants à comprendre, ayant du mal à réaliser ce qui se passait. Oui, par la force des choses JE M’ÉTAIS AUTO-DESIGNÉ. Un truc de karma, je sais pas, peut-être à cause de tous ces insectes que j’ai démembré dans mon enfance.

Sur le coup, je crois que j’étais dans un état encore pire que la première fois. Sauf que là, je savais que je ne pourrais plus m’en tirer. C’était la pire des situations.

Je ne vous retranscrirai pas cet oral, qui a probablement été une des épreuves les plus terribles et humiliantes que j’ai vécu, et pourtant croyez-moi que j’en ai vécu des choses. Rien ne m’a été épargné, du filet de voix rendu trop faible par la pression pour être entendu par autre chose qu’un chien, à la voix monocorde, la voix qui baffouille, les arrêts en plein exposé parce que je perdais le fil de ce que je disais ou lisais. Finalement je ne sais pas si j’étais le plus gêné ou si c’est ma classe et ma prof qui l’étaient face à cette catastrophe.

Quand j’en ai eu fini, je me sentais sale. J’avais envie de courir prendre une douche pour me laver de cette crasse psychologique, ou de sauter par la fenêtre pour oublier ça à tout jamais. La prof n’a même pas osé se moquer de moi. J’imagine qu’elle devait intérieurement se demander si elle devait proposer mon placement dans une école spécialisée pour enfants attardés, mais elle s’est abstenue de tout commentaire, voyant que c’était déjà assez pénible comme ça pour plusieurs générations.

Bien sûr ce n’est pas le seul oral que j’ai eu à passer dans ma vie. Mais globalement, suite à ça, j’ai réussi à éviter la plupart de ceux qui avaient lieu au sein d’une classe ou d’un auditoire à l’aide de quelques bassesses, me contentant des oraux d’examens obligatoires en face à face. Comme cet oral mémorable d’Allemand au Bac où j’avais dit à mon examinatrice « Ecoutez, je vais être honnête je connais un texte sur les 20, donc soit je passe sur celui-là, soit je rentre chez moi me coucher. »

Mais c’est une autre histoire.

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Lost in translation

En ce moment je traverse une période un peu wild. Je me laisse pousser les cheveux, appâté que je suis depuis mon enfance par la crinière luxuriante d’un MacGyver ou autre Rahan.

Mais même la nature farouche et indomptable a parfois besoin d’un petit coup de sécateur. Voyant ma chevelure hirsute laissée à l’abandon depuis de nombreux mois, je me suis donc rendu dans un salon de coiffure de luxe de Bordeaux, j’ai nommé « Tchip Coiffure ».
J’aime bien ce genre de salon, c’est toujours amusant car ils ont une bonne dizaine de coiffeuses, et on ne tombe jamais sur la même. Du coup on ne peut pas savoir à l’avance ce que ça va donner, le frisson du mystère, la roulette Russe quoi. Mes précédentes expériences s’étant soldées par des résultats plutôt convaincants, je dois avouer que j’étais quand même assez confiant.

Passés le shampoing et l’essorage, dont la brutalité et le côté expéditif ne trahissent en rien le nom de l’établissement, je me suis rendu sur mon siège de coupe, bien décidé à affronter ma coiffeuse du jour.

Cette dernière est arrivée, m’a salué, et m’a demandé grosso modo quel était le but de ma venue. C’est le coeur gonflé d’enthousiasme et les bras virevoltants d’émoi que je lui décrivais mon projet de pousse de cheveux, lui expliquant qu’il s’agissait de rééquilibrer cette jungle un peu folle et rebelle, afin d’arriver à mon objectif final de frénésie capillaire maîtrisée.

Je pensais avoir correctement réussi à communiquer ma vision artistique, mais quelque part dans mon discours, cette dernière a dû se perdre, car il semblerait qu’elle ait en fait entendu « SUPER GAY ».

Eh oui, en sortant de là je n’avais plus que mes yeux pour pleurer, yeux couverts par ailleurs d’une superbe mèche qu’un bon Morgan de Secret Story ne renierait pas.

pas vrai Morgan ?

Exit donc les McGuyver et autres fiers guerriers des âges farouches. Bonjour les George Michael, les Steevy Boulay, les Ricky Martin.

J’ai pris sur moi et ai gardé espoir, me disant qu’une fois rentré, peut-être, en prenant une douche, en me débarrassant du brushing, du gel, du maquillage et tout, ça paraîtrait presque normal.

Quand ma coloc est rentrée du boulot, j’étais prêt. Je pensais avoir accompli l’impossible, avoir sauvé les apparences. Je n’ai pas dit un mot.

Elle m’a regardé, et elle a ri.

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Pendaison de crémaillère

Bienvenue sur ce nouveau blog qui espérons-le sera également l’occasion d’un nouveau départ et d’une réussite spectaculaire.

Je tiens à remercier Wil qui n’écoutant que son coeur a décidé de financer mon art, m’offrant un .com et son aide. D’aucuns diront qu’il a misé sur le mauvais cheval, ce jeune investisseur milliardaire connaissant pourtant la nature profonde de son poulain malade.

Car je n’ai jamais supporté la pression. Déjà à 10 ans, alors que j’étais pourtant promis à un brillant avenir sportif, certains avaient eu le malheur de croire en moi, et lors de la course de trottinettes de mon village, étouffé par tant d’attentes, j’avais beaucoup déçu.

J’avais commencé la course en retard, trop occupé que j’étais à manger de la barbe-à-papa, obligeant la vingtaine de participants à m’attendre. Puis pendant l’épreuve en elle-même, j’avais chuté misérablement à plusieurs reprises, roulant sur des pierres plates ou autres feuilles sèches dont on connait le terrible potentiel glissant.

C’est rougi par la honte que j’avais gravi l’estrade de la salle des fêtes, quand les organisateurs ayant eu pitié de moi m’avaient remis le prix du « coureur le plus malchanceux ». C’est un prix qu’ils avaient inventé spécialement pour l’occasion, pensant probablement me sauver la vie. Je n’avais pas osé croiser le regard de mes parents qui avaient déjà dû quitter la salle pour chercher un nouveau fils à adopter ; je m’étais contenté d’essuyer le sang qui coulait de mon front suite à ces mauvaises chutes, prendre ma médaille, et m’enfuir pour aller pleurer dans une benne à ordure.

Et à partir de là, on peut dire que ma vie était marquée à tout jamais du cruel fer rouge de l’échec et de la déception.

Quelques années plus tard, participant à un match de Handball (car à l’époque je faisais encore du sport) et alors que mon beau-père avait fait le déplacement pour venir me voir jouer à 1h de route de chez nous, je m’étais à nouveau couvert de ridicule.

Déjà, je ne sais pas pourquoi j’avais été sélectionné dans l’équipe, je pense que nous n’avions tout simplement pas assez de joueurs dans la ville pour se permettre d’avoir des remplaçants. Et puis l’équipe adverse chez qui nous allions jouer avait eu la bonne idée de laver son terrain avec de l’huile ou un truc du genre. Avec mes baskets ATEMI de pauvre dont un SDF n’aurait pas voulu, le terrain en question était devenu glissant comme une patinoire et mon match s’était transformé en une représentation de Holliday on Ice.

Lors du voyage retour, dans le silence pesant de la voiture, j’avais bien senti que quelque chose s’était brisé au niveau des attentes paternelles. A l’heure où les parents des autres enfants devaient s’étendre en « je suis fier de toi mon fils » ou autres « je t’aime quand même », je dois bien avouer que l’ambiance glaciale n’avait pas vraiment regonflé mon égo meurtri. Ni d’ailleurs lors du repas ce même soir, le réveillon, en compagnie d’amis et de toute la famille, où mon beau-père avait tenu à saluer ma performance en en racontant les meilleurs moments façon vidéo gag.

En définitive on peut dire qu’enrichi de ces expériences, j’ai acquis une sorte de faiblesse face aux attentes, et une maitrise laborieuse de la pression et des responsabilités. La « pression positive » n’existe pas dans mon vocabulaire, là où certains se sentiraient pousser des ailes en entendant une foule en délire scander leur nom, moi mes os fondent, et je deviens une sorte de blob, glissant en direction de la bouche d’égout la plus proche.

Cela dit, comme tout patron, Wil a quand même pris un peu les devants. Il m’a donné quelques directives afin de rentabiliser son investissement et le faire fructifier, en attirant le maximum de badauds d’internet. Quelques mesures presque invisibles qui vont à coup sûr porter leurs fruits.

Ainsi, il me faudra revoir légèrement mon style : Paragraphes plus aérés, mots moins longs et plus simples, phrases plus courtes, ajouter des photos amusantes à chaque nom propre ou commun pour attirer l’oeil du visiteur et alléger le bloc de texte.

Bref, ne me contenter que de ce qui est strictement, et rigoureusement indispensable à la bonne compréhension de mon idée, ou pensée, ou saillie, ou association de mots ayant pour but d’obtenir un effet chez mon lecteur, ou visiteur, ou robot d’indexation.

Ensuite, je devrai régulièrement insérer des liens commerciaux vers des sites de rencontre et vendre vos adresses e-mails à des partenaires.

Une analyse de tous les précédents articles du blog sera effectuée, afin d’en dégager ceux qui ont produit le plus de commentaires et de visites. A partir de cette base, un ordinateur mélangera les mots des notes sélectionnées afin d’en faire des nouvelles, un peu comme une amélioration génétique quoi.

Enfin, dernier changement mais non des moindres, des GOODIES vont faire leur apparition. Vous pourrez ainsi vous offrir des SUPER T-SHIRTS HATEALOT

Mais aussi de l’eau de toilette Edwood, ou encore des POSTERS comprenant quelques citations légendaires du blog qui feront très bien dans vos WC.

J’espère que ces petits changements sauront vous séduire et vous donneront envie de continuer à me suivre.

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Boule de haine

Je ne me sens plus en phase avec la société.

Je crois que c’est le cas depuis longtemps, mais ça m’a vraiment sauté au visage hier soir pendant les résultats de l’élection présidentielle. Je ne supporte plus ce culte de l’immédiat, du buzz et de l’image.

De ma courte vie de trentenaire, j’ai quand même eu l’occasion à plusieurs reprises d’assister à des élections présidentielles, et ce ne sont peut-être que mes souvenirs, mais j’ai la très nette impression que c’était différent. Différent ne veut pas forcément dire mieux, certes, mais hier j’ai été surpris par ce qui m’a semblé être un pétard mouillé. Dans ma mémoire, l’annonce du résultat de l’élection d’un nouveau président a toujours été un bouleversement majeur, l’occasion d’une vague de joie ou de tristesse éclatante, des images d’une foule à la limite de l’orgasme dès l’annonce du nom du vainqueur, des cris dans la rue, des explosions et des coups de klaxon.
Or, ce 6 mai 2012, ce que certains plateaux de télé ont évoqué comme une « victoire grave » m’a laissé dans la bouche un goût pâteux, un goût de distance et de morosité alors même que celui pour qui j’ai voté a remporté l’élection.
Les raisons pouvant expliquer cette impression sont nombreuses : la crise, le contexte social, peut-être que les gens de gauche ne savent pas être joyeux, peut-être que je n’ai pas regardé la bonne chaine, peut-être que j’étais momentanément atteint de surdité et que j’avais du caca dans les yeux. Toujours est-il que cette sensation était bien là, et à mon avis causée par tout autre chose.

Je parlais en début de note d’un culte de l’immédiat et du buzz, et à mon avis c’est de là qu’est venu le problème. Internet a tué l’élection présidentielle.

J’ai décidé de la jouer old school hier soir. Je savais pertinemment que les résultats seraient disponibles avant l’heure fatidique, 20h, mais je n’ai pas voulu les connaitre et je me suis donc abstenu de toute consultation de Twitter. Non, je me suis mis sur France 2 comme tout bon franchouillard vivant dans un patelin perdu du fin fond du Gers qui se respecte, sachant que les chaines avaient une interdiction formelle de divulguer quelque information sur l’identité du vainqueur avant l’heure. Je voulais du suspens. Je voulais vibrer jusqu’à la dernière seconde en voyant s’afficher sur mon écran la tête du vainqueur dans un lent affichage d’image minitel. Vers 19h j’ai donc mis France 2 histoire de prendre la température, espérant voir les militants passionnés des deux partis en attente de la réponse ultime dans leur QG, palper la tension, mais déjà, le suspens en a pris un coup. Des images des militants socialistes le sourire aux lèvres, agitant drapeaux et banderoles tout en esquissant quelques pas de danse, et de l’autre côté le front UMP, tête d’enterrement, silence pesant. David Pujadas annonçant qu’à l’emplacement de l’éventuelle fête de victoire de la droite, la scène n’avait pas été montée, que des camions étaient là à une dizaine de kilomètres au cas ou, mais que bien entendu, aucune conclusion n’en serait tirée. Malin Pujadas. Donc après ce qui aurait pu être qualifié d’immonde spoil, j’ai décidé de zapper et de regarder les simpson jusqu’à 19h57. Quelques minutes avant l’heure H je suis revenu sur la 2, j’ai assisté au décompte final, puis « François Hollande est le nouveau président de la république », puis flop. Flop, retour sur le peuple de gauche, quelques cris, quelques drapeaux virevoltants, rien de plus. Je m’attendais à un montage savant avec une foule en délire qui puisse nous faire vraiment goûter la joie et l’allégresse de circonstance, mais non, rien de tout ça. Ils ont préféré diffuser des envoyés spéciaux chargés d’interviewer une voiture, un accordéon, ou une porte. Il aura peut-être fallu attendre 23 heures et une marée humaine en attente de son héros à la bastille, dansant sur le rythme endiablé d’Axel Bauer pour avoir la moindre impression de communion et de triomphe. Marée qui se videra quelques minutes après le discours.

Et là, je me demande. Quel est donc l’intérêt d’avoir publié des résultats avant l’heure sur Twitter, radio Londres et toute cette connerie ? Le sacro-saint droit à l’information ? Cela changeait-il quelque chose dans le cas présent ? Pouvions-nous faire quoique ce soit de plus en connaissant l’information avant le résultat télévisé ? A part permettre aux grandes fortunes de France de s’exiler quelques heures avant la révélation en achetant leur billet d’avion moins cher, je ne vois franchement pas quel était de but de tout ça. Connaitre le résultat avant les autres (et encore), le retweeter en espérant être un des premiers grands génies à annoncer « regardez-moi, je sais » et en acquérir peut-être une pseudo forme de notoriété ou quelques followers à postériori. Pour moi, c’était simplement la même impatience abrutie que celui qui pendant un film se sent obligé de lâcher « Je connais déjà la fin, regarde, c’est ce mec tout de noir vêtu là qui va trahir le héros et le tuer », gâchant tout le plaisir à l’autre spectateur, qui même s’il s’en doute, veut attendre le dénouement pour le savourer. Le même effet qu’un gamin de 10 ans qui lisant une BD ne peut pas s’empêcher de toujours survoler la page pour aller directement lire la dernière case avant le reste.
C’est donc le sens de cette société contemporaine, une société de gamins capricieux qui ne savent plus attendre, patienter un minimum, pourris-gâtés par les réseaux sociaux et les médias, qui ne savent plus lire ou écrire mais veulent du tweet, qui ne veut plus de texte mais des photos et des illustrations.
L’effet pervers c’est que dans l’exemple d’hier soir, ce mode d’information et de comportement, loin de rassembler (oui c’est moi qui ait écrit la campagne de François Hollande), a au contraire divisé les joies et les peines, chacun connaissant l’annonce petit à petit avant l’heure dans son coin, détruisant complètement cet élan magistral qui a normalement lieu à 20h tapantes lors de la surprise, et qui continue tout au long de la nuit.

Quant aux autres évènements de la soirée, revenons brièvement dessus. Certains nous ont quittés, je pense bien entendu à Nicolas Sarkozy qui a tiré sa révérence, mais aussi à d’autres princes comme Mickael Vendetta dont nous pleurerons la perte chaque jour. D’autres se retrouvent à la retraite, Stéphane Guillon, qui perd là son unique sujet humoristique, ou Gerald Dahan qui va devoir se reconvertir en plombier ou maçon. Frédérique Bel quant à elle a magnifiquement illustré l’autre côté de la force en perdant sa culotte de joie.

Où veux-je donc en venir avec cette note ? Eh bien je crois que le ras-le-bol a atteint son comble, je vous crache à la gueule, et je vais moi-même m’exiler sur une île, libre de tout buzz, libre de tout réseau et image, en ermite, me nourrissant de noix de coco et d’oursins crus, où je compte bien devenir le nouveau Jacob, pour une existence triste et ennuyeuse, mais toujours plus enrichissante que celle-ci. Et si je vous y invite, pensez bien que cette fois-ci il n’y aura aucun survivant, seulement des ventres percés par des palmiers.

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